Tout sur le point G
"Il était une fois un gynécologue américain, raconte le sexologue Jacques Waynberg, très écouté dans les années 50 pour ses recherches en matière de contraception, qui s’appelait Ernst Grafenberg, et qui écrivit 12 lignes sur l’anatomie du vagin. Il suggéra d’accorder plus d’attention à une zone de sa paroi, située en avant, à 5 centimètres environ de l’entrée, à hauteur du col de la vessie. Chez de nombreuses femmes examinées, cette zone lui semblait disposer d’une capacité érogène plus grande que le reste de la muqueuse vaginale réputée pour sa quasi-insensibilité."
Et voilà. Trente ans plus tard, cette brève communication est montée en épingle, la zone en question devient la "zone de Grafenberg", puis, pour simplifier, le "point G", auquel quelques sexologues aux USA vont s’accrocher comme s’ils venaient de franchir une étape décisive dans la compréhension de la sexualité féminine : aucun doute, l’orgasme "vaginal" est autonome, et son point d’ancrage ne se situe qu’au niveau de cette "zone gachette" de la cavité vaginale.
Aujourd’hui, l’humilité des chercheurs gagne du terrain : une femme sur dix environ est en mesure d’identifier avec précision l’enchaînement des sensations vaginales qui déclenchent un orgasme, et le point G est cité à parité avec les autres zones érogènes du vagin : l’entrée, le col de l’utérus, le fond et le cul de sac en arrière...
"Pour celles qui sont à la recherche de leurs sensations, conclut Jacques Waynberg, l’exploitation de cette fameuse zone entre dans l’inventaire de leur puzzle, mais elle n’est pas la seule." Que celles qui ne la trouvent pas se rassurent donc ! Il n’existe pas un point G, mais une infinité de points - au creux du coude, entre les doigts de pied ou carrément dans le cerveau - qu’un bon amant peut stimuler avec beaucoup d’imagination ! Car c’est dans la tête que tout se joue, plus que sur les muqueuses...
Une zone érogène polémique
Il n’empêche que certaines l’ont trouvé. Car le point G semble être reconnu depuis des siècles comme une réalité. Platon connaissait, ou du moins prétendait connaître cette source de jouissance dont les femmes sont bénies. Il affirmait dans ses écrits que le vagin des femmes recèle des mystères que même les femmes ignorent. Les écrits provenant de l’île de Lesbos en attestaient aussi. Et quand on interroge les femmes qui ont identifié leur point G, elles le situent sur la paroi ventrale "à environ deux pouces de l’entrée du vagin, en haut, bien au centre". Cette zone est entourée de tissus érectiles, comparables au corps caverneux du pénis. On la reconnaît parfois à sa texture "en peau d’orange". En fin d’orgasme, cette zone est fortement gonflée. Pour Grafenberg, il s’agirait d’une membrane, appelée "éponge", située entre la paroi vaginale et l’urètre...
Mais quelle est sa nature ? En 1982, les chercheurs Ladas, Whipple & Perry - qui reprennent avec enthousiasme l’observation du point G - admettent leur ignorance quant à la structure cellulaire de cette zone érogène. Certains cherchent à comparer le point G de la femme à la prostate de l’homme. Pour Whipple & Perry, il n’y a aucun doute que ce point est un vestige millénaire équivalent à la prostate masculine...
La stimulation de ce point peut procurer un orgasme "vaginal", obtenu simplement par le mouvement du pénis dans le vagin. Mais une enquête clinique menée auprès de 100 volontaires démontre qu’une seule de ces "orgasmiques" du point G est parvenue à l’ultime jouissance par pénétration ! Pire encore : selon d’autres thèses, plus récentes, le point G ne serait pas vaginal. La source de jouissance qu’il procure serait en réalité... clitoridienne !
"Ce fameux point G n’est en fait que la partie interne de la structure clitoridienne, explique Andrée Matteau, sexologue. La partie extérieure et visible du clitoris, c’est cette petite perle que tout le monde peut identifier. Mais cette structure comporte également des nerfs qui aboutissent à l’intérieur du vagin, comme des pattes qui se rejoignent dans ces éponges que le docteur Grafenberg a bien vaniteusement appelé le point G. Certaines femmes peuvent effectivement ressentir un grand plaisir de la stimulation de ces éponges qui sont fortement innervées. Elles peuvent les repérer par exploration manuelle et s’en servir lors de la pénétration pour amplifier les sensations. Mais de là à prétendre que le point G procure l’ultime jouissance..."
A chacune son plaisir
On en revient donc au point de départ : oui, le point G existe, chez certaines. Mais non, ce n’est pas un handicap d’en être privée. Le point G n’est qu’une des multiples manières d’arriver à l’orgasme. Et il revient à chaque femme de découvrir sa source privilégiée de plaisir. Adieu le débat ringard sur la jouissance clitoridienne, vaginale ou utérine ! Mettez vos angoisses à la poubelle !
"C’est absurde, témoigne Andrée Matteau. Et c’est débilitant en plus. Des femmes viennent en consultation parce qu’elles ne jouissent pas pendant la pénétration. Des hommes se plaignent parce que leur pénis ne procure pas d’extase à leur partenaire. C’est aberrant qu’on en soit encore à ce point. La jouissance vaginale ne doit pas être un but à atteindre. Une femme qui ne jouit pas pendant la pénétration n’est pas frigide pour autant. Elle n’a tout simplement pas réussi à identifier les stimulations qui lui procureront un orgasme jouissif. Certaines préfèrent la manipulation du clitoris, des petites ou grande lèvres. D’autres atteignent l’orgasme simplement par la stimulation des seins. Il faut apprendre à trouver sa propre source de plaisir et l’intégrer dans le rituel amoureux."
Si voulez partir à la recherche de votre corps, abandonnez vos préjugés : laissez-vous caressez chaque centimètre carré de peau, sans oublier aucun endroit ! Parfois, l’orgasme tombe comme la foudre, d’un endroit aussi inattendu que les aisselles ou le périnée...